Le Goncourt des lycéens, une histoire rennaise

Le 16 novembre dernier, l’écrivaine Alice Zenziter a remporté le trentième Prix Goncourt des lycéens. Une récompense créée en 1988 à Rennes par Brigitte Stephan et Bernard Le Doze. Historique d’un prix pas comme les autres.

Chaque année, la même rengaine. « Le prix Goncourt des lycéens est attribué à… » Le 16 novembre dernier, à 12h45, le nom d’Alice Zeniter a terminé cette phrase de Laure Humbert, lycéenne corse, pour son roman L’art de perdre. Les noms de Gaël Faye, Sorj Chalandon, Philippe Grimbert, Carole Martinez ou encore Laurent Gaudé ont aussi résonnés les années précédentes. Tous ont en commun cette phrase d’annonce mais aussi le lieu d’où elle est prononcée : Rennes. Avant de se rendre à Paris, le jury annonce le nom du vainqueur depuis le grand salon de l’hôtel de ville de la capitale bretonne.

Depuis 1988, le prestigieux Prix Goucourt a un petit frère : le Prix Goncourt des lycéens. Une seule différence : le jury n’est pas composé de dix membres illustres qui se réunissent au restaurant Drouant mais par 2000 lycéens. Pendant deux mois, une course-contre-la-montre s’amorce pour les élèves. Il faut lire les quinze livres de la sélection Goncourt pour élire le meilleur, à condition qu’il ne soit pas déjà choisi par Bernard Pivot et sa bande, selon la consigne tacite. Entre 1998 et 1995, ils sont quatre à avoir obtenu à la fois le Goncourt et le Goncourt des lycéens (Erik Orsenna, Jean Vautrin, Pierre Combescot et Andreï Makine).

Redonner le goût de la lecture

C’est un rituel initié par Brigitte Stephan, ancienne chargée de communication à la Fnac, et Bernard Le Doze, ancien professeur au lycée Jean Macé. L’Académie Goncourt, la Fnac et le rectorat les ont suivis pour redonner aux jeunes le goût de la lecture. Au départ, quelques dizaines d’étudiant rennais ont élu en catimini Erik Orsenna comme leur coup de cœur, le même choix que le « vrai » Goncourt. Le résultat avait été annoncé depuis le restaurant La Chope, à Rennes :

Le prix s’est depuis étendu à toute la France – 17 000 lycéens y ont participé – pour aujourd’hui s’imposer comme un « très grand prix littéraire » selon les mots de Vincent Peillon, en 2012, alors qu’il est encore Ministre de l’Éducation Nationale.

Déjà lauréat d’un Prix de l’Académie Française et d’un Prix Médicis, Sorj Chalandon est désigné vainqueur du prix Goncourt des lycéens, en 2013. Lorsque, comme le veut la tradition, le jury l’appelle après avoir annoncé le verdict, l’écrivain n’a pas su décrocher son téléphone, submergé par l’émotion. « J’étais incapable de parler en direct à ceux qui m’appelaient. J’ai écouté le message et je me suis mis à pleurer. […] J’ai eu d’autres très beaux prix mais je n’ai jamais pleuré que pour ce prix là », avait-il déclaré au micro de France Culture.

L’assurance de truster la tête des ventes

Le Prix Goncourt des lycéens n’est pas seulement un prix grandement symbolique décerné par des adolescents mais aussi une récompense qui assure de cartonner en librairie. Considéré comme plus accessible que son aîné, il est le prix qui vend le plus. Selon l’institut GfK, sur les cinq dernières années, 395 000 exemplaires sont vendus contre 345 000 pour le Goncourt, deuxième au classement. Suivent le Renaudot, le Prix de l’Académie Française et le Fémina.

Tout le monde y gagne : les lycéens avec une expérience incroyable tout comme les auteurs et les maisons d’édition, assurés de truster la tête des ventes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *