Un énième plan de rénovation pour le centre ancien de Rennes

Le lundi 5 novembre 2018 vers 9h, deux immeubles vétustes du centre ville de Marseille s’effondrent : un drame provoquant la mort de huit personnes. Les premières investigations judiciaires révèlent un dysfonctionnement des services de la ville et de la métropole. Un accident que la ville de Rennes veut éviter en proposant un nouveau programme de rénovation du centre ancien oubliant les intérêts des propriétaires.

En déambulant dans les rues de Rennes, on ne pourrait voir qu’un magnifique centre ancien composé de maisons à colombages, chargé d’une histoire médiévale, d’un patrimoine historique et de façades colorées. Mais en y regardant de plus près ce sont des bâtiments qui s’affaissent, des poutres qui craquent, des cages d’escalier insalubres, des pans de bois dégradés… Rennes ressemble à un château de cartes qui à tout moment peut s’écrouler. Pour endiguer le problème, la Ville de Rennes et Rennes Métropole ont entrepris une deuxième Opération programmée d’amélioration de l’habitat (Opah).

Un énième plan de rénovation

« Au regard des évènements dramatiques qui se sont récemment déroulés à Marseille, notre démarche commencée, il y a plus de sept ans prend aujourd’hui un éclairage différent », rappelle Didier Le Bougeant, élu chargé du quartier centre, lors du conseil municipal du lundi 3 décembre.

En effet, la ville n’en est pas à son premier coup d’essai pour tenter de restaurer son centre ville. Les ossatures en bois des immeubles du Moyen-Age menacent de s’effondrer depuis les années 70. Au total ce sont quatre plans de rénovations, entre 1997 et 2023, qui se sont succédés.

« Nous en sommes à la moitié des immeubles traités surtout sur le secteur prioritaire Saint-Georges, Saint-Michel, Pont-aux-Foulons, Saint-Melaine, détaille Nathalie Appéré, la maire de Rennes. C’est cette anticipation qui fait que nous pouvons éviter des situations d’urgence ; nous avons de moins en moins d’arrêtés de péril, 1 à 2 par an contre 20 à 25 en 2008. »

Un périmètre sauvegardé, un enfer pour les propriétaires

La première Opération d’amélioration de l’habitat avait permis la réhabilitation de près de 80 immeubles. La seconde phase dura jusqu’en 2023 avec un objectif annoncé de réhabiliter 150 immeubles totalisant plus d’un millier de logements. Le secteur couvre 60 hectares dont les deux tiers sont dans le Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV).

Ainsi tous les travaux effectués dans le secteur sauvegardé nécessitent l’avis de l’architecte des Bâtiments de France. Il peut demander l’intervention d’une entreprise spécialisée ou l’emploi de matériaux particuliers. Une dépense supplémentaire pour les propriétaires. La Cnab (Confédération nationale des administrateurs de biens) représente environ 90 % des syndicats de copropriété du centre-ville de Rennes. Et elle constate que le coût d’une restauration, dans certains cas, peut dépasser celui d’une reconstruction.

C’est pourquoi « On a parfois vu des dalles de béton coulées dans des immeubles à ossature bois. Tout ça pour poser un carrelage », déplore l’adjoint à l’urbanisme Sébastien Sémeril. « Certaines copropriétés n’avaient effectué aucun travaux depuis 20 ou 30 ans ».

Quand les propriétaires traînent des pieds… La mairie rachète

Mélanie Barchino, chef de projet pour Territoires Publics l’un des acteurs de la restauration du centre ville rennais, nous explique la difficulté de travailler sur le centre ville de Rennes : « On a 90% de copropriétés sur le centre ville. On n’est pas face à un seul propriétaire. On est en moyenne face à 10 propriétaires, et 86% des propriétaires sont des bailleurs. » Même si les propriétaires peuvent obtenir une aide allant jusqu’à environ 40% du montant des travaux, certains ne sont pas prêts à engager les démarches nécessaires. Thierry, propriétaire d’un logement de 20 m2, proteste : « Ils nous obligent à faire des travaux mais les prix sont prohibitifs. J’ai acheté cet appartement 75 000€. Même avec les subventions, je dois débourser autant pour payer ma part de la rénovation du bâtiment. »

Dans ce cas-là, la mairie sort l’arme juridique et menace d’expropriation les propriétaires s’ils ne rénovent pas nous explique Mélanie Barchino : « On est face à des gens qui n’ont pas envie ou qui ne peuvent pas non plus faire des travaux. Dans le cas ultime on a la faculté d’expulser les propriétaires ou le propriétaire. » La seule solution est alors d’accepter, comme l’ont fait 20% des propriétaires, le rachat du bâtiment par la mairie mais à des prix très bas. Ils estiment des pertes financières à des dizaines de milliers d’euros.

Des préoccupations auxquelles les acteurs de la rénovation tentent de répondre en assistant aux assemblées générales des syndic et en visitant régulièrement les logements concernés.

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