Un an après la grève, le malaise persiste à l’hôpital psychiatrique

Souffrance au travail, risques suicidaires, maltraitances institutionnelles… Un an après le mouvement de grève qui avait secoué le Centre Hospitalier Guillaume Régnier (CHGR), les salariés de l’hôpital psychiatrique rennais font part de leur inquiétude.

Les conditions de travail ne se sont pas forcément améliorées, avoue Gildas, infirmier au CHGR depuis cinq ans. En janvier 2018, le ministère de la Santé avait annoncé le déblocage exceptionnel de 1 648 000 euros pour l’établissement, mettant un terme à une grève de deux mois menée par les salariés dénonçant une généralisation de la souffrance au travail au sein de l’hôpital psychiatrique, entravant la qualité des soins.

Un an après ce mouvement social, la situation semble (presque) inchangée, malgré les fonds apportés en début d’année. Mathilde, infirmière en santé mentale, tire la sonnette d’alarme après neuf ans à exercer dans l’hôpital. Certains collègues sont à la limite du burn-out, d’autres dorment mal depuis des mois. Une situation inquiétante confirmée par Antoine, aide-soignant au CHGR depuis plus d’une décennie. “Certains sont dégoûtés de leur métier. Ils veulent arrêter, faire n’importe quoi d’autre, mais surtout pas ça”. D’autres vont plus loin, et affirment que certains infirmiers sont la proie “d’idées suicidaires”.

Banderoles
Banderoles affichées lors du mouvement de grève fin 2017, évoquant les revendications des salariés. Photo Yves Souben

“Notre premier outil de soin, c’est le temps”

Face à ce mal-être persistant, les salariés de l’hôpital pointent du doigt depuis plusieurs années le manque de personnels soignants vis-à-vis d’une demande de soins psychiatriques en constante hausse. Des éléments qui pèsent fortement sur la qualité des soins apportés aux patients : les agents hospitaliers, débordés, peinent à se rendre disponibles pour des individus souvent en grande fragilité. “Au lieu de répondre aux angoisses par des activités, on va répondre par le traitement”, confirme Mathilde. Bien des activités promises dans le livret du patient (informatique, poterie, sport, théâtre…) ne peuvent en réalité pas être mises en place à l’intérieur de l’établissement. En cause, une surcharge de travail pour les agents, diminuant le temps d’échange avec les patients de l’hôpital. “En pédopsychiatrie, les gamins sont avec les couloirs”, regrette Enora, infirmière et membre de SUD qui avait elle aussi participé à la grève. “Si les équipes sont réduites et qu’on continue à offrir un soin de merde, il y aura encore plus de passages à l’acte, c’est évident“, poursuit-elle, désabusée. En effet, pour ces patients fragiles, la détresse et l’angoisse provoqués par l’indisponibilité du corps soignant peuvent rapidement se transformer en violences.

Déjà en manque de personnels, l’hôpital est aussi saturé. Si les infirmiers reconnaissent qu’à ce niveau, la situation s’est améliorée depuis la grève, Antoine assure que cette surpopulation “revient en cette période”. Cependant, cette saturation contribue toujours à la déstabilisation de certains pensionnaires de l’établissement, qui transitent parfois par plusieurs unités avant de trouver un lit. Un manque de moyens humains et financiers qui résulte logiquement de la diminution du budget alloué au ministère de la Santé, mais pas seulement. Pour ces agents en colère, le problème vient aussi de l’arbitrage entre hôpitaux publics et cliniques privées effectué par l’Agence Régionale de Santé (ARS). Le CHGR, en suroccupation depuis plusieurs années voit son budget stagner depuis 2013, tandis que certaines cliniques privées ouvrent de nouveaux lits à l’initiative de l’ARS. Une situation inacceptable pour ces salariés du service public, qui avaient réclamé l’ouverture de nouvelles places à l’hôpital lors du mouvement social, sans succès. “Ce qui nous énerve, c’est que le privé a le choix de la clientèle. Nous, on accueille tout le monde”, regrette Enora.

Banderoles affichées lors du mouvement de grève au CHGR, fin 2017 . Photo Yves Souben

“Le directeur ne sait pas ce qu’est le soin en psychiatrie”

Le succès de la mobilisation de l’hiver dernier n’a donc pas fait disparaître les causes du malaise dans l’établissements. Et les signes de bonne santé se font rare à Guillaume Régnier : le nombre d’événements indésirables est en hausse, tout comme la durée des arrêts maladie ordinaires et la quantité d’emplois précaires. S’il admet que les causes de la situation dépassent la politique interne de l’établissement, Gildas regrette le manque de réponses apportées par la direction de l’hôpital. “Le directeur ne sait pas ce qu’est le soin en psychiatrie”, affirme le syndicaliste, agacé par les solutions proposées qui n’incluent “jamais de hausse de moyens”. Un rapport de la CGT sur le CHSCT du 21 novembre dernier résume ainsi le dialogue social au sein de l’établissement: “Dites nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment s’en passer”. Contactée à plusieurs reprises, la direction n’a pas donné suite à nos demandes.

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