À Rennes, la fusion des universités encore dans la brume


Après l’échec de la fusion des universités de Rennes 1 et Rennes 2 en 2015, « Unir », le nouveau projet de regroupement des établissements d’enseignements supérieurs rennais est encore plus ambitieux : 7 établissements et de nombreux acteurs, étatiques ou non, mobilisés. Une consultation en ligne est actuellement mise en œuvre afin de prendre en compte les demandes des futurs usagers et coller au mieux à leurs attentes. Mais au-delà de ses grandes lignes, le projet reste encore flou pour beaucoup.

C’est en juin 2017 que le projet a officiellement été lancé, sous le nom d’ « Unir », pour « Université de Rennes ». Une union de sept établissements d’enseignement supérieur rennais : les universités Rennes 1 et 2, Sciences Po, l’INSA, l’ENSC, l’EHESP et l’ENS.

Les établissements concernés par le projet :

Comme le rappelaient les représentants de l’administration de Sciences Po lors d’une réunion d’information consacrée au projet, ce n’était « pas une fusion » en tant que telle, mais un rapprochement d’entités conservant leur statut juridique originel, regroupées sous un « établissement chapeau ». Après l’échec en 2015 de la fusion des universités Rennes 1 et Rennes 2, le nouveau projet voit les choses en grand : 65 000 étudiants, 5 800 personnes dédiées à la recherche, à la formation et à l’innovation. Certaines des possibilités permises par « Unir » sont même déjà appliquées depuis janvier 2018, comme la signature unique « Université de Rennes » pour publications des chercheurs provenant de différents établissements concernés, ce procédé permettant une plus grande visibilité et une unité des travaux des chercheurs et incitant à la transversalité des recherches.
Entre le 26 novembre et le 21 décembre 2018, une plateforme participative a été ouverte à l’ensemble des usagers des sept établissements afin de s’exprimer sur les propositions faites, les amender, voire en apporter d’autres. Sept thématiques sont proposées, parmi lesquelles « Formation », « Vie étudiante » ou encore « Valorisation, innovation et entrepreneuriat ». Pour autant, à l’heure actuelle, seules quelques 2 000 personnes ont pris part à cette consultation sur les 70 000 usagers étudiants. Peut-être la journée « portes ouvertes » du 2 février prochain sur tous les campus rennais permettra-t-elle de mobiliser plus massivement.


Encore de nombreuses zones d’ombre

Car pour le moment, le projet « Unir » marque surtout par le flou relatif qui l’entoure. En particulier, le rattachement des établissements d’enseignement supérieur au projet peut sembler discutable. Comme le confie une représentante du syndicat Solidaires étudiant.e.s, lorsque Sciences Po a rejoint le projet en juillet 2017, un simple document de cadrage d’une page réglait les modalités de ce rapprochement. Or il est encore à l’heure actuelle le seul document légal liant Sciences Po à « Unir ». De plus, le projet est accusé d’avoir été lancé sans concertation préalable auprès des étudiants et du personnel.

Autre particularité du rapprochement, le statut du fameux « établissement chapeau » et les statuts juridiques des établissements eux-mêmes : une ordonnance gouvernementale du 12 décembre 2018 relative aux rapprochements d’établissements expérimentaux permet notamment aux statuts juridiques de ces entités d’évoluer de manière libre, mais par conséquent peu lisible pour les usagers (étudiants et personnels). Ces mêmes usagers qui ne se verraient accordés plus que 40% de représentation dans les conseils d’administration de l’Université de Rennes, là où ils en disposent actuellement de plus de 50%. « Tous les syndicats sont contre ce projet, une inter-syndicale a été appelée pour s’y opposer », continue la militante rennaise, qui rappelle l’exemple de la tentative de fusion des universités de Toulouse, avortée à la suite d’un référendum lors duquel 95% des étudiants et 60% du personnel s’étaient prononcés contre le projet. Les syndicats professionnels et étudiants craignent aussi des suppressions de postes et une centralisation accrue du fait du rapprochement des établissements.

Le projet « Unir » reste donc pour le moment relativement flou, et il est difficile pour ses futurs usagers d’en connaître les tenants et les aboutissants. La dernière échéance que pointent les différentes brochures de communication pour la mise en place du projet est la consultation en ligne de décembre 2018. Une manière de signifier que personne n’en sait plus sur ce qu’il se passera ensuite ?

Une chronologie de l’avancement du projet

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